Les transfuges de classe intriguent, fascinent même parfois. Leurs récits rencontrent un succès littéraire exponentiel, en particulier ceux qui retracent des parcours d’ascension. Le fait d’échapper à un destin social qui semblait écrit représente pour beaucoup une énigme.
C’est aussi le cas parmi les sociologues. Dans cette discipline, les études sur la mobilité sociale sont déjà anciennes. Elles se sont d’abord développées à partir de méthodes statistiques mesurant la mobilité d’une génération à l’autre, avant de s’étendre à des approches portant sur les mobilités en train de se faire à l’échelle biographique et sur les conditions qui, contre toute attente, les rendent possibles et vivables. Cet objet est devenu central en sociologie de la classe. Il n’en est pas de même dans la sociologie du genre et de la sexualité.
Penser la mobilité de genre
Les travaux qui mobilisent la notion de « transfuge de sexe » se comptent sur les doigts d’une main. On trouve toutefois deux occurrences notoires de ces termes en études féministes : la première, en 1980, sous la plume de la philosophe Monique Wittig à propos des lesbiennes, et la seconde, dix ans plus tard, chez les sociologues Anne-Marie Daune-Richard et Catherine Marry à propos de jeunes femmes dans des formations scolaires « masculines ».
Dans les études trans’ – un champ académique dont le développement est actuellement spectaculaire – en revanche, cette approche ne semble pas avoir été explorée, et ce malgré l’évident déplacement que constitue le fait de changer de genre. Parce que contrairement à la classe, le sexe est encore souvent conçu comme une évidence de la nature, l’existence même d’une telle traversée demeure largement impensée.
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Auteur: Emmanuel Beaubatie, Enseignant, Sciences Po

