Les situations de guerre, dont les médias se font l’écho ces derniers mois, qu’il s’agisse du conflit en cours dans la bande de Gaza, de la guerre en Ukraine ou de la guerre civile soudanaise, confrontent les populations à des situations dont on sous-estime les effets sur le plan psychologique.
Les guerres et les exactions qui les accompagnent créent des conditions propices à l’expression du psychotraumatisme sous toutes ses formes, tant pour les adultes que pour les enfants.
Comparées à d’autres contextes pouvant être à l’origine de traumatismes, de telles situations sont particulières en ce qu’elles soumettent les personnes qui les subissent à un processus d’exposition permanente au risque de leur propre mort et de celle de leurs proches, alors même que la plupart des victimes ne sont pas des combattants.
La survie en conditions extrêmes
Afin de nommer plus justement les conditions de vie de ceux qui sont exposés à la folie guerrière, nous nous proposons de convoquer l’idée de «situation extrême», indissolublement attachée au nom du psychanalyste Bruno Bettelheim et à son expérience concentrationnaire. Il explique notamment cette notion dans son ouvrage « Survivre », paru en 1979 :
«Nous nous trouvons dans une situation extrême quand nous sommes soudain catapultés dans un ensemble de conditions de vie où nos valeurs et nos mécanismes d’adaptation ne fonctionnent plus et où certains d’entre eux mettent même en danger la vie qu’ils étaient censés protéger. Nous sommes alors dépouillés de tout système défensif, et nous touchons le fond ; nous devons nous forger un nouvel ensemble d’attitudes, de valeurs et de façons de vivre selon ce qu’exige la nouvelle situation»
La «situation extrême» n’est pas seulement le risque de mort imminente, mais elle tend aussi à détruire le sentiment de dignité, à déshumaniser le sujet en faisant de la déshumanisation la condition de la survie. Comme le…
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Auteur: Cyril Tarquinio, Professeur de psychologie clinique, Université de Lorraine

