Travailler parmi les siens : production pré-tayloriste dans une usine postsocialiste

Cela permet aussi à Denys Gorbach de revenir sur un débat structurant dans la sociologie marxiste du travail des dernières décennies, entre Harry Braverman, auteur notamment de l’ouvrage Travail et capitalisme monopoliste dont la traduction française a été récemment republiée, et Michael Burawoy, auteur notamment de Produire le consentement.

À partir d’observation et d’entretiens, il montre que, paradoxalement, l’analyse de Braverman de la déqualification du travail sous l’effet de l’automatisation et du nouveau management ne vaut pas pour cette usine dont les ouvrier·ères, comme d’autres dans cet espace postsoviétique, ont pu rester relativement à l’abri du néo-taylorisme typique de la période, et se considérer comme des artisans partageant avec leurs patrons les mêmes intérêts.

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Screenwind[1] est une usine de taille moyenne située dans une zone périphérique de Kryvyi Rih, une ville industrielle dans l’est de l’Ukraine. Entourée de géants métallurgiques construits à l’époque de l’URSS, cette entreprise, fondée dans les années 2000, produit des fenêtres à double vitrage. Dans l’imaginaire populaire ukrainien, ces objets sont associés à la modernité capitaliste occidentale, par opposition à la réalité (post)soviétique, jugée obsolète et inefficace. L’installation de ces fenêtres de nouveau type est au cœur du yevroremont (« rénovation à l’européenne ») des logements post-soviétiques, une séquence d’interventions standardisées pour retoucher l’habitat (Ryabchuk, 2013). Cette tendance devient massive quand la croissance économique se fait sentir dans les années 2000 ; étant initialement importées, les fenêtres « européennes » sont progressivement apprivoisées par la société ukrainienne. De nouvelles entreprises, comme Screenwind, sont fondées pour les produire sur place. Comment marchent-elles ?

Le procès de travail à Screenwind contraste-t-il…

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Auteur: ugopalheta