Traversées de la Manche : Utopia 56 en première ligne

« Attention, danger de mort », indique un panneau rédigé en différentes langues avant l’entrée du campement, près des rails. L’endroit a des allures de marécage. Le département était en vigilance crue la nuit dernière, et certaines tentes sont installées sur des palettes en bois, sorte d’îlots sur le sol boueux. Un groupe d’hommes passe, les chaussures de l’un d’eux sont enveloppées de sacs-poubelles. Des chaussettes sèchent, accrochées aux barbelés. Gilets Utopia 56 sur le dos, Julie H., coordinatrice, et Esther, bénévole, s’avancent vers un groupe de quatre hommes. Elles se présentent, expliquent la raison de leur venue : informer sur les risques du passage de la frontière. Ils sont soudanais, parlent arabe.

Le 8 novembre 2023, Esther et Julie viennent informer un groupe d’hommes sur les risques encourus. (Photos : Maxime Sirvins.)

Julie explique, Google traduit. « Il se peut que, sur le bateau, vous n’ayez pas internet. Pour pouvoir donner votre localisation, si vous avez un problème en mer, il faut allumer l’application avant de monter sur le bateau. » Julie poursuit : « On the boat, if you have a big mouchkila [en arabe : problème] you call the wahed wahed ithnan [112, numéro d’urgence]. If it is a small mouchkilla, you call Utopia. » Elle répète : « Wahed wahed ithnan. » Fin septembre, informée qu’une embarcation est en train de couler, l’équipe de nuit appelle les secours. Quelques heures plus tard, elle reçoit une vidéo sur WhatsApp, consultée par Politis : sur la plage détrempée, une femme érythréenne de 24 ans, morte lors du naufrage.

« Surmilitarisation » de la côte

« Avant de partir en mer, il faut vérifier la météo », poursuit Julie. Sur son téléphone, l’un des hommes essaie de télécharger Windy, une application permettant de vérifier la force du vent et la hauteur des vagues. Un…

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Auteur: Pauline Migevant