La mobilité durable est au cœur des discussions sur l’aménagement des villes. Cet intérêt se traduit par la prolifération de recommandations et de « bonnes pratiques » au niveau international : promotion de la marche et du vélo, développement du transport public ou encore décarbonation de la mobilité.
Dans ces débats, les pratiques et expériences des usagers sont rarement abordées, car les études privilégient notamment des méthodologies quantitatives. Citons à cet égard l’inflation des mesures de la marchabilité, qui visent à identifier d’éventuelles corrélations entre une certaine configuration urbaine et sa fréquentation piétonne. Si ces travaux – et d’autres – intègrent de plus en plus les perceptions des usagers dans leurs méthodes, elles ne sauraient se substituer aux pratiques ethnographiques du terrain, qui ouvrent la possibilité de saisir l’épaisseur des expériences des personnes.
Le projet de recherche Modural emprunte – entre autres – à ces méthodologies pour s’approcher au plus près des pratiques et expériences de mobilité des habitants des périphéries populaires de deux grandes métropoles latino-américaines, Lima (Pérou) et Bogota (Colombie). Que signifie la mobilité durable pour leurs habitants, qui souffrent au jour le jour des pires conditions de déplacement ?
Les Traversées urbaines, des trajets filmés à Lima avec le soutien de l’association Movemos, fournissent un prisme exceptionnel pour s’immerger dans le quotidien des habitants et ainsi déconstruire le paradigme de la mobilité durable.
Contextes et conditions de mobilité dans les périphéries urbaines de Lima
Lima est une métropole de plus de 10 millions d’habitants bâtie sur le désert côtier péruvien entre l’océan Pacifique et la Cordillère des Andes, qui s’étale sur une centaine de kilomètres du nord au sud, et une cinquantaine d’est en ouest.
La ville connaît une importante…
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Auteur: Arthur Ducasse, Doctorant, agrégé de géographie., Université Rennes 2

