« Trésor caché » de Pascal Quignard : les tremplins de la tristesse

Qu’il est doux, bon, beau et enthousiasmant de lire un immense écrivain vivant, qui ne prend pas la pose, qui produit avec un haut naturel de très tenaces somptuosités françaises, c’est-à-dire cousinant avec l’Antiquité. Et ce, à chaque instant mais l’air de rien. Tel est Pascal Quignard et ainsi se lit-il. On peut le suivre avec ferveur depuis trente-cinq ans, dans les méandres d’une œuvre aussi foisonnante que cohérente, ou bien le découvrir à l’occasion de cette dernière fiction en date : l’enchantement, toujours, saisira son lectorat.

Exil intérieur

Dans Trésor caché, il ne se passe presque rien et tout y passe pourtant. Tout coule, comme si un fragment d’Héraclite devenait roman sous nos yeux. La mort est là, simple et tranquille : « Je fouille toute la nuit dans ce qui ne va plus être », dit un homme à une femme. Leur rencontre, trop brève mais si confondante, « sur l’île bienheureuse de Procida », au calme que ne connaît plus Capri, constitue le noyau d’un récit en forme d’étoile. Chaque rayon éclaire la vie de Louise, l’héroïne si délicatement brossée ; présente et vaporeuse, aimante et tranchante. Elle s’échappe d’un exil intérieur pour se glisser dans une relation impulsive irrécusable, lapant les plaisirs, s’accommodant des travaux et des jours, vaquant non sans une immobilité audacieuse.

Tout nous attache à Louise, qui se détache de tout et que tout abandonne. Fors sa fille et les chats – bien des pages s’avèrent à même de convaincre les plus félinophobes ! Trésor caché se lit comme une barcarolle: la musique et la finitude, ce qui s’élève et ce qui choit, une caresse et la solitude, oiseaux de passage et matous cosmiques, soleil et averse, le Vésuve et l’Yonne, une étreinte et l’écrasement du désir, la mémoire et la mort, des phrases brèves, puis sinueuses, le rêve et le réel, le passage du passé au présent, du « elle » au « je »,…

La suite est à lire sur: www.la-croix.com
Auteur: Antoine Perraud

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