La recherche scientifique et académique connaît depuis plusieurs années une transformation profonde, marquée par la montée en puissance des logiques d’appels à projets, d’évaluation et de mise en concurrence. Dans ce contexte, la question n’est plus seulement celle des moyens alloués à la recherche, mais aussi celle de ses finalités : que devient une recherche sommée de démontrer son « impact » et de se justifier en permanence avant même d’avoir pu se déployer ?
Un lecteur de Mr Mondialisation nous a adressé la tribune qui suit. Nous avons choisi de la publier dans son intégralité. Sous une forme satirique et volontairement ironique, elle porte un regard critique sur les mécanismes de financement et d’évaluation de la recherche, notamment dans le contexte des Hautes Écoles en Fédération Wallonie-Bruxelles.
Si le texte s’ancre dans un terrain institutionnel précis, il aborde des enjeux plus larges qui traversent aujourd’hui de nombreuses institutions académiques : précarisation des carrières, inflation bureaucratique et transformation du savoir en objet de compétition et de mesure.
Tribune
Ce matin, en ouvrant ma boîte mail, j’ai revu une partie de ma vie défiler. Ce qui, à mon âge, commence à prendre un certain temps et nécessite parfois une chaise. Le message m’invitait à « déposer » un projet au Fonds de la Recherche en Haute École (FRHE). Le verbe est important. On ne propose pas un projet. On ne partage pas une idée. On ne confie pas une intuition fragile à la communauté scientifique. Non : on la « dépose ». Comme on dépose un colis, une plainte, un enfant à la garderie ou un animal malade chez le vétérinaire en espérant qu’il revienne vivant.
J’ai donc relu le mail. Puis je l’ai relu encore, avec cette forme particulière d’attention que l’on réserve aux convocations administratives, aux résultats médicaux et aux messages commençant par « dans le cadre de la…
Auteur: Mr Mondialisation

