Faire comprendre au grand public les tenants et les aboutissants d’un conflit terriblement meurtrier dont les images quotidiennes nous abreuvent, dans l’urgence des plateaux télé et radio et dans l’ambiance délétère des réseaux sociaux, en faisant preuve à la fois de pédagogie et de sang-froid : c’est la difficile tâche qui incombe depuis février 2022 aux spécialistes français de l’Ukraine et de la Russie. Alors qu’un tournant géopolitique majeur s’amorce vis-à-vis de l’Ukraine, comment faire le tri entre une obligation d’analyse dépassionnée et ses propres convictions de citoyen ?
Il y a trois ans, la Russie initiait sur le sol ukrainien une guerre de haute intensité qui allait remodeler en profondeur le système international. À la manière des répliques d’un séisme, les conséquences de la guerre russo-ukrainienne bouleversent notre appréhension des enjeux géopolitiques, économiques, ou encore informationnels à l’échelle française, européenne et mondiale.
La recherche en relations internationales subit de plein fouet cette évolution. Jamais auparavant elle n’avait été aussi fortement mobilisée dans le débat public. L’éclairage des chercheurs est désormais attendu pour commenter, expliquer et anticiper l’évolution du conflit dans toutes ses dimensions. Le besoin est en effet immense. Tout récemment, le revirement de l’administration américaine sur le dossier ukrainien – qui semble avoir pris de court chercheurs et décideurs européens – illustre la nécessité de disposer d’outils pour anticiper et comprendre l’évolution des rapports de force diplomatiques, économiques politiques et militaires sur les théâtres de conflictualité internationaux.
Le temps semble bien révolu où la recherche était cantonnée au cadre étroit de l’université. Cette extraversion de la recherche en relations internationales procède en fait d’un double mouvement. Au cours de ces…
Auteur: Etienne Huyghe, Doctorant en Relations Internationales à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

