Depuis quelques années, les biais cognitifs suscitent un intérêt croissant dans des domaines aussi divers que le management, le recrutement, la finance, la médecine ou encore la justice.
Les biais cognitifs sont des raccourcis mentaux appelés heuristiques qui s’avèrent erronés dans certains contextes. Par exemple, prédire le futur à partir du passé est une heuristique assez valide lorsqu’il s’agit d’anticiper la météo de demain ou les choix de consommateurs. En revanche, elle devient un biais dès que l’on franchit les portes d’un casino. Cette heuristique nous fait par exemple croire qu’à la roulette, la couleur rouge a plus de chances de tomber si la couleur noire est tombée plusieurs fois d’affilée, un biais cognitif appelé « l’erreur du joueur ».
Il est toujours satisfaisant de voir un concept issu de la recherche scientifique avoir un tel impact sociétal. En publiant L’erreur est humaine à CNRS Éditions en 2018, j’ai d’ailleurs contribué à faire connaître les biais cognitifs auprès du grand public. Je constate cependant que trois fausses idées reviennent de façon récurrente dans les nombreux articles de vulgarisation sur les biais. Essayons de « débunker » ces trois mythes qui, au regard des travaux de recherche, sont approximatifs, voire carrément faux.
Il existerait 250 biais cognitifs
Cette croyance renvoie au codex des biais cognitifs, un inventaire visuel des biais qui en recense un grand nombre. Cet inventaire est en fait largement inflationniste : il comporte des biais qui n’en sont pas et d’autres qui n’ont aucune assise scientifique.
Par exemple, le codex fait apparaître le nombre magique 7 +/- 2. Il s’agit de la capacité de la mémoire de travail (nous pouvons stocker et manipuler entre 5 et 9 informations pendant une courte durée) mais en aucun cas d’un biais cognitif. Même chose pour la loi de Murphy qui relève plus d’un adage (« tout ce qui est susceptible…
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Auteur: Vincent Berthet, Associate professor, Université de Lorraine

