Le terme populisme fait partie des plus entendus et des plus galvaudés de ces dernières années. Employé à tort et à travers tant dans la presse politique que dans la littérature académique, il qualifie – le plus souvent de façon péjorative – toutes sortes de partis et figures politiques qui n’ont pourtant rien à voir les uns avec les autres. On dit que Donald Trump est populiste alors que c’est Barack Obama qui se revendique de la tradition populiste américaine. On le dit de Javier Milei alors qu’il a précisément fait campagne contre le populisme argentin incarné par le péronisme. Mais sait-on seulement ce que représente, historiquement, le populisme ?
Des origines démocrates et anti-oligarchiques
Le premier mouvement à se revendiquer populiste émergea aux États-Unis à la fin du XIXe siècle. Loin des clichés contemporains sur l’anti-pluralisme fondamental du populisme, il s’agissait d’un mouvement défendant la démocratie et les garanties constitutionnelles de la liberté contre les dérives oligarchiques du pouvoir en place. Certains de ses membres partageaient les préjugés racistes du Parti républicain et du Parti démocrate d’alors, mais l’orientation générale du mouvement était sociale et démocratique et il comportait – au contraire des autres partis – un nombre significatif d’afro-américains. Le People’s Party (Parti du peuple) qui émergea de ce mouvement essentiellement paysan finit par être absorbé par le Parti socialiste américain et par le Parti démocrate.
Pratiquement au même moment apparurent, en Russie, les narodniki, un mouvement d’intellectuels démocrates et socialistes qui entendaient prêter leur voix à la paysannerie opprimée et s’opposer au Tsar. Dans ce mouvement, comme chez les populistes américains, on ne trouve ni anti-pluralisme, ni leader charismatique, ni opposition aux institutions représentatives. Plutôt une forme d’anti-oligarchisme au nom du…
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Auteur: Pierre-Etienne Vandamme, Chercheur en théorie politique, KU Leuven

