Bastia (Haute-Corse), correspondance
« Cet été, j’ai balancé plus de 400 kilos de tomates derrière le hangar. J’avais plus de clients, plus de frigo, et les associations ne pouvaient pas tout prendre. » Le maraîcher de la plaine orientale, qui préfère garder l’anonymat, baisse les yeux. Il ne parle pas d’un accident, mais d’un fonctionnement devenu normal. « Quand vous les cueillez, vous vous dites qu’elles vont finir dans une assiette. Pas dans un tas de pourriture. C’est écœurant. Mais je ne peux pas bosser pour perdre de l’argent. »
Et si l’homme ne veut pas donner son identité c’est aussi par peur du jugement. Il faut dire que le sujet est presque tabou dans sur une île classée parmi les territoires les plus pauvres de France. Ici, difficile d’avouer que l’on jette des légumes. Impossible également de savoir exactement combien de tonnes sont laissées au sol par les maraîchers sur l’ensemble de la saison.
Des imports plus rentables
« On ne le dit pas, avoue-t-il. Déjà parce que cela ne sert à rien de le crier sous tous les toits et ensuite parce qu’on se prendrait toutes les critiques sur le dos, de gens qui ne connaissent pas forcément notre quotidien. »
Sur son exploitation, comme sur tant d’autres en Corse, des fruits et légumes cultivés avec soin finissent à la benne ou pourrissent sur place, faute de débouchés. Chaque été, des tonnes de courgettes, de pêches ou de tomates mûrissent… sans avenir. Pendant ce temps, à quelques kilomètres, les supermarchés débordent de fruits importés, venus d’Espagne, d’Italie ou du Maroc. Moins chers. Plus rentables.
« Quand il y a un souci, c’est le producteur qui trinque »
Cette situation, Jacques-François Geronimi, président du groupement des maraîchers corses, la dénonce inlassablement. « Certains distributeurs ne jouent pas le jeu. Ils préfèrent s’approvisionner ailleurs. Pas tous, heureusement. Mais on…
Auteur: Paul-Mathieu Santucci

