Ils portent bretelles et casquette gavroche, fument le cigare et se vouvoient en toutes circonstances. S’ils ne rêvaient pas de révolution nationale le flingue à la ceinture, les Mamelouks pourraient presque assurer une émission de sketchs, ou plutôt un spectacle du Puy du Fou. Leur nom de gang, reprenant celui d’une garde rapprochée de Napoléon, synthétise bien leur imaginaire passéiste, nostalgique de la gloire impériale française.
Parti rendre visite à son cousin Alain, perdu de vue, Claudine (un jeune homme) le retrouve en meneur de ce groupe de dandys fachos. Curieux, il accepte de partager quelque temps leur principale occupation : sculpter des bustes de Napoléon à la chaîne. Une activité qui rappelle celle de l’atelier niçois Missor, dont les membres sont connus sur YouTube pour leur bagou viriliste et leurs productions à destination de la municipalité de Christian Estrosi.
Plutôt qu’à l’extrême droite installée dans la classe politique, c’est à celle qui mène une bataille culturelle sur internet que s’est intéressé Baptiste Delengaigne pour inventer ses personnages. Afin de leur donner chair, le dessinateur et animateur 3D de 29 ans a consulté de nombreuses vidéos de personnalités françaises d’extrême droite comme Papacito, Julien Rochedy, Daniel Conversano ou Le Raptor. Il aurait pu restituer toute cette documentation sur les nouveaux visages du fascisme dans une énième bande dessinée didactique – le choix de la facilité dans un contexte éditorial favorable à la BD documentaire. Mais l’auteur a préféré passer cette matière à la moulinette d’une fiction à l’univers fantaisiste et très référentiel.
De nombreux gags tournent les Mamelouks en ridicule, mais leur violence et le danger politique de leur idéologie demeurent au cœur du récit.
La France au bord du coup d’État fasciste qu’il dépeint prend ainsi une allure de…
Auteur: Marius Jouanny

