Trump et Truth Social : parole publique, intérêts privés


L’ESSENTIEL

  • Depuis l’été 2026, des investisseurs paient jusqu’à 100 000 dollars par mois pour recevoir les publications de Donald Trump quelques millisecondes avant le reste du monde.

  • Certains juristes y voient un délit d’initiés, voire de la corruption.

  • Cette affaire montre surtout comment l’État de droit peut s’effriter sans qu’aucune règle ne soit ouvertement violée.


Mi-juillet 2026, Trump Media & Technology Group, la maison mère du réseau Truth Social dont le président états-unien Donald Trump est l’actionnaire principal, annonçait « Truth API », un flux de données payant qui livre « en quelques millisecondes » les publications des dix comptes les plus suivis de la plateforme, dont ceux du président et de la Maison-Blanche, moyennant 60 000 à 100 000 dollars (de 53 349 à 88 900 euros) par mois.

Pourquoi un tel prix pour un avantage si éphémère ? Le 7 avril 2026, l’annonce par le président, sur Truth Social, d’une trêve de deux semaines avec l’Iran faisait chuter, dès le lendemain, le prix du baril de brut américain de plus de 16 % en une seule séance. Quelques millisecondes d’avance suffisent aux traders à « haute fréquence » pour acheter ou vendre les titres concernés avant que l’annonce n’influence les prix.




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Les critiques ont été immédiates. Les sénateurs démocrates Elizabeth Warren et Adam Schiff ont demandé à la SEC, le gendarme boursier américain, d’ouvrir une enquête sur ce que l’économiste Gian Luca Clementi a qualifié de « délit d’initié par définition ». Cinquante-trois anciens procureurs et agents fédéraux ont, par ailleurs, déposé un mémoire en ce sens devant le tribunal fédéral de New York. L’entreprise a rétorqué que ses clients ne reçoivent que des « données publiquement disponibles », reprochant…

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Auteur: Paul Oudin, Assistant Professor of Law, ESSEC