Dès le jour de son investiture comme président des États-Unis, le 20 janvier, Donald Trump a signé un décret visant à renommer le golfe du Mexique en « golfe de l’Amérique ». Le mont Denali, plus haut sommet étasunien nommé ainsi par la population autochtone des Athabaskans, en Alaska, a été dans le même décret rebaptisé en « mont McKinley », nom qu’il avait déjà porté de 1896 à 2015, en hommage au 25ᵉ président des États-Unis.
Pour Reporterre, l’historienne Nepthys Zwer explique le sens de tels symboles géographiques, et l’importance du pouvoir de dessiner les cartes dans l’histoire coloniale et anti-écologique de l’Occident. Elle est notamment l’autrice de Pour un spatio-féminisme. De l’espace à la carte (La Découverte, 2024) et co-autrice de Cartographie radicale (La Découverte, 2022).
Reporterre — Parmi tous les décrets signés en grande pompe par Donald Trump dès le 20 janvier, quelle importance revêt celui visant à « restaurer les noms qui honorent la grandeur de l’Amérique » ?
Nepthys Zwer — On est avant tout dans le registre du symbolique et du fantasme, celui du néo-impérialisme, de la « grandeur de l’Amérique ». C’est aussi une charge contre les autochtones, les migrants et globalement contre toute personne qui ne serait pas nord-américaine blanche, identifiable selon certains critères.
D’un point de vue historique, cette façon de reprendre la main sur la manière de nommer le monde est un processus assez banal et classique. Les toponymes et les cartes sont des sortes de palimpsestes, des mémoires de l’histoire : chaque nouveau dirigeant ou propriétaire va y inscrire les toponymes de son choix en effaçant les précédents.
De la même manière, lorsque Emmanuel Macron a déclaré que le Sahara occidental était une propriété du Maroc, le ministère des Affaires étrangères a dû corriger ses cartes dans les jours suivants.
Google a déjà…
Auteur: Vincent Lucchese

