Tumboa ou le dessèchement comme résistance

Pour mieux déchiffrer le monde, Kreis K compose un herbier. Il nous présente cette semaine la tumboa, ou dans notre langue coloniale welwitschia, une plante qui résiste au désert et au temps qui passe et dont la durée de vie est possiblement millénaire. La tumboa pousse principalement dans le désert du Namib, près des zones où eut lieu le premier génocide du XXe siècle, celui des Héréros et des Namas, entre 1904 et 1908. En découle une idée du dessèchement comme résistance et une éthique de la persistance comme politique de la durée.

0. Il existe dans le désert du Namib une plante plus vieille que bien des mythes que nous habitons. Elle est une espèce qui survit à son environnement par la duplicité de son mode d’être : à la fois se jeter au loin et se dessécher dans le loin. Par deux uniques feuilles gémellaires, qui croissent indéfiniment dans des sens opposés et cherchent à se multiplier en se déchirant en une variation sèche d’elles-mêmes, la plante s’étend, mâle et femelle à la fois, des siècles durant comme pour dire que son monde demeure malgré le monde, qu’il est une résistance à tout ce qui l’entrave. Tumboa, devait-elle s’appeler d’après son nom angolais n’tumbo, selon le souhait initial de celui qui la découvrit pour le savoir d’Occident, Friedrich Welwitsch, mais l’esprit du colonialisme finit toujours par rattraper le geste qui colonise, aussi scientifique puisse-t-il être, et la plante, après avoir passé entre les mains impériales de la Linnean Society of London, finit par se nommer welwitschia mirabilis. Mais tumboa ne connaît de frontières ni dans le désert ni dans la langue. Elle est l’image de l’indéfini du désert, et les peuples qui passèrent à ses côtés la nommèrent également kharos, en nama, ou encore onyanga, en héréro. Tumboa a deux langues, deux noms, deux feuilles, deux manières de se situer dans le réel, qui se projettent vers des horizons…

La suite est à lire sur: lundi.am
Auteur: dev

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