Tunisie : la réélection de Kaïs Saïed ternie par le contrôle du dispositif électoral et une forte abstention

Le président Kaïs Saïed a été reconduit à la tête de la Tunisie avec une écrasante majorité de 90,69 % des voix. Mais cette victoire est entachée par un taux de participation historiquement bas de 28,8 % – révélant un désintérêt croissant des électeurs – et par des contestations de l’opposition qui accusent le président d’avoir verrouillé le processus électoral en amont.

Kmar Bendana, spécialiste de l’histoire contemporaine de la Tunisie qui a étudié la trajectoire politique du pays, décrypte ces résultats et les perspectives incertaines qui pèsent sur l’avenir politique du pays.

Quels sont les principaux enseignements que vous tirez de cette élection ?

Cette troisième élection présidentielle tunisienne depuis 2011 montre une préparation minutieusement orchestrée par le pouvoir. Depuis la nomination des membres de l’Instance supérieure indépendante des élections (ISIE) par le président sortant jusqu’à la modification de la loi électorale deux semaines avant le scrutin, en passant par la mobilisation pour les parrainages et l’élimination de quatorze candidats par menaces et poursuites judiciaires, les étapes préalables ont été gérées de façon à alléger la candidature de Kaïs Saïed d’une concurrence véritable. Aucun débat n’a eu lieu entre les trois candidats et les sondages ont été interdits. L’objectif était clairement de maximiser ses chances d’emporter les voix devant les deux autres candidats. L’un d’eux, Ayachi Zammel a été condamné à 12 ans de prison à cinq jours de la présidentielle . Kaïs Saïed a ainsi obtenu ainsi 90,7 % au premier tour.

J’en retire le sentiment que les présidentielles de 2014 et 2019 – à l’issue desquelles Béji Caïd Essebsi et Kaïs Saïed sont élus respectivement au second tour à 55,68 % et à 72,71 % – ont servi d’expérience pour intervenir dans les phases légales et les nœuds garantissant le score final. L’encadrement du suivi…

La suite est à lire sur: theconversation.com
Auteur: Kmar Bendana, Professor, Contemporary History, Université de la Manouba

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