L’arrestation du maire d’Istanbul, qui devait affronter Recep Tayyip Erdogan à la prochaine présidentielle, a mis le feu aux poudres en Turquie. Une large partie de la population est en effet excédée par le durcissement politique constant du pouvoir, qui se déploie sur fond de graves difficultés économiques et de déréliction du système éducatif.
Les mobilisations récentes en Turquie, qui ont débuté à Istanbul le 19 mars, sont les plus vastes depuis le mouvement de Gezi en 2013, qui avait profondément ébranlé le pouvoir de l’AKP (le Parti de la justice et du développement, islamo-nationaliste, de Recep Tayyip Erdogan). Cette contestation trouve son origine dans l’arrestation, le 19 mars dernier d’Ekrem Imamoglu, maire d’Istanbul et candidat du CHP (Parti républicain du peuple, kémaliste, laïque et social-démocrate) à l’élection présidentielle prévue pour 2028, ainsi que d’une centaine d’autres personnes, dont deux maires d’arrondissement d’Istanbul (Beylikdüzü et Sisli).
Imamoglu, accusé par le pouvoir de corruption dans le secteur immobilier et de soutien au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), considéré comme une organisation terroriste, a remporté les élections municipales à trois reprises face à l’AKP. Sa dernière victoire, en mars 2024, est liée, d’une part, à sa capacité à unir différents courants politiques de gauche, dont le Parti de l’égalité et de la démocratie des peuples (DEM Parti), issu du mouvement politique kurde, et d’autre part à mettre en œuvre des projets sociaux, tels que l’ouverture de crèches, de cantines populaires et de résidences étudiantes, ainsi que des programmes de rénovation d’ampleur. Sous sa férule, des bâtiments et des sites industriels, mais aussi des édifices historiques en mauvais état ont été réhabilités.
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Auteur: Gülçin Erdi, Directrice de recherche au CNRS, en affectation à l’Institut français d’études anatoliennes (IFEA) à Istanbul, Université de Tours

