Le « réveil de l’Europe ». Qui n’a pas entendu cette formule au lendemain du sommet de Londres, qui sortait d’ailleurs largement du périmètre européen ? Mais quel sens lui donner ? À peine quarante-huit heures après le conclave londonien, ses conclusions étaient déjà périmées. Comme il fallait s’y attendre, Donald Trump a mis sa menace à exécution. Toutes les aides américaines à l’Ukraine sont « suspendues ». Même celles que l’administration Biden avait décidées et qui étaient en partance pour Kyiv. Or les chefs d’État et de gouvernement présents à Londres avaient tenté de conjuguer deux discours. L’un s’engageant à (re)penser la défense européenne ; l’autre demandant tout de même à Trump de participer à la sécurisation des frontières ukrainiennes après un cessez-le-feu. Il saute aux yeux que nous étions là dans deux temporalités fort différentes.
La paix de Trump, c’est la paix de Poutine. Il n’y aura donc rien à sécuriser.
Combien de temps va prendre la construction d’une défense européenne, à supposer que les bonnes résolutions résistent à l’épreuve des intérêts nationaux ? Sans l’engagement de Trump, il n’y a d’ailleurs tout simplement pas de cessez-le-feu possible, parce que lui seul peut y amener Poutine, parce que lui seul accorde à Poutine tout ce que celui-ci exige. La paix de Trump, c’est la paix de Poutine. Il n’y aura donc rien à sécuriser. Aller en Ukraine dans ces conditions ressemblerait à s’y méprendre à cette cobelligérance que l’on a voulu éviter depuis l’agression russe de février 2022. L’impasse paraît totale, même si l’Europe racle les fonds de tiroir et qu’elle mobilise les avoirs russes gelés.
Sur le même sujet : Trump et Poutine, de moins en moins seuls en…
Auteur: Denis Sieffert

