Après un échange tendu entre Donald Trump et Volodymyr Zelensky, la Maison Blanche a brutalement suspendu son aide militaire à l’Ukraine, plongeant Kiev et ses alliés dans l’incertitude. Au cœur de la discorde : un accord sur l’exploitation des minerais ukrainiens, que Washington conditionne désormais à son soutien.
Face à la pression étasunienne, Volodymyr Zelensky s’est dit prêt à signer, mais refuse toute concession territoriale. Derrière ces négociations, un enjeu crucial se dessine : qui contrôlera les ressources stratégiques de demain ? Guillaume Pitron, spécialiste de la géopolitique des matières premières et auteur de La guerre des métaux rares, décrypte les implications de cette course aux minerais.
Reporterre — Pourquoi Donald Trump fait-il de l’exploitation des minerais ukrainiens une condition essentielle du soutien étasunien à Kiev ?
Guillaume Pitron — Ces minerais sont indispensables à de nombreux secteurs stratégiques : les technologies vertes, le numérique et la défense. La souveraineté technologique et industrielle des États repose d’abord sur l’acquisition de ces matières premières.
Or, longtemps, en Occident, nous avons privilégié la haute valeur ajoutée — brevets, laboratoires, innovation — et délaissé l’extraction minière, considérée comme peu rentable et délocalisable. Mais la pandémie de Covid-19 a été un électrochoc : nous avons découvert notre dépendance à des chaînes d’approvisionnement étrangères, notamment chinoises.
L’Ukraine possède des ressources minières significatives. Ce n’est pas le seul pays à en avoir — les États-Unis pourraient se tourner vers le Canada ou le Mexique — mais Trump voit en l’Ukraine une opportunité stratégique. Pour Washington, ces minerais sont un levier pour garantir une forme de stabilité dans la région et, pour Kiev, un moyen de financer la reconstruction post-guerre. Chacun y trouve un…
Auteur: Alexandre-Reza Kokabi

