Poème en quatre sections paru cet hiver aux éditions Pariah, Ecrase-mémoire (signé Justin Delareux, et à qui l’on doit l’excellente revue PLI ) a suscité de rares commentaires dans le petit milieu autorisé de la poésie contemporaine. Et pour cause : une prose littérale et volontiers assertive prône le retrait et la sédition, dénonce l’enfumage (cette asphyxie sous les gaz lacrymogènes et sous les paroles qui accompagnent l’horreur économique.) Pour qui verrait avant tout dans le poème une célébration de l’Ardeur, de la Beauté, de l’Éphémère ou de la Grâce (on reprend ici quelques thèmes du « Printemps de Poètes ») il n’est pas certain que telles assertions d’Ecrase-mémoire puissent cadrer avec son horizon d’attente.
Nous sommes résolus à tout, prêts à tout engager de nous-mêmes pour, selon les occasions, saccager, détériorer, déprécier ou faire sauter tout édifice social, fracasser toute cage morale, pour ruiner toute confiance en soi, et pour abattre ce colosse à tête de crétin qui représente la science occidentale accumulée par trente siècles d’expérience dans le vide.
Parce que nous vous haïssons, vous et votre raison, nous nous réclamons de la démence précoce, de la folie flambante, du cannibalisme tenace.
Voici la première ébauche d’un communisme littéraire.
Exception notable : une recension de Nathalie Quintane salue la parution du livre. De cette prose incendiaire, elle en souligne à la fois la filiation (« Rimbaud-Ducasse via Gleize ») et un de ces effets les plus saillants : « Il met du jeu (non joueur cependant) dans les doxas autonomes. » C’est cette dernière remarque de Nathalie Quintane que nous aimerions ici développer, en entendant bien « doxa autonome » dans son double sens, à la fois grammatical et politique : « doxa autonome » pouvant désigner une phrase autonome, une phrase qui se suffit à elle-seule en énonçant un présupposé…
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Auteur: dev

