Ashburn, Sterling, Richmond (États-Unis), reportage
Vu du ciel, l’horizon est saturé de data centers — à perte de vue, partout. Tout autour d’Ashburn (Virginie), de gigantesques mastodontes sans âme et sans charme surplombent de verdoyantes résidences pavillonnaires. Au nombre de 150, ces data centers, devenus essentiels pour faire fonctionner ChatGPT et toute autre intelligence artificielle, concentrent à eux seuls au moins un cinquième du trafic mondial d’internet — 70 % selon la commission régionale de Virginie du Nord, mais plus probablement autour de 22 % — et forment le Data Center Alley, l’allée des centres de données.
Réfugiés dans la commune voisine mais tout aussi bruyante de Sterling, Blandine Maréchal et Craig Dobbs vivent littéralement à la porte d’un complexe de trois data centers appartenant à l’entreprise Vantage. Avec comme seul rempart de petits arbustes plantés aux abords d’une route censée mener vers le progrès. « Ce bruit est constant et nous reste continuellement dans les oreilles : c’est comme si vous aviez un moteur dans votre maison », confient les deux ingénieurs en aérospatiale, « désabusés » face à l’appétit grandissant des géants de la tech.
Depuis la poussée des data centers en 2023, le couple franco-étasunien s’endort et se réveille au rythme de ces infrastructures et tente de survivre face à ces voisins encombrants aux ronflements incessants. Un autre voisin, bien réel lui, dit avoir enregistré une pointe à 82 décibels, le 4 avril — une mesure bien supérieure au seuil maximal de 55 décibels recommandé par l’Agence étasunienne de protection de l’environnement (EPA) pour les zones résidentielles.
Sans ce vacarme quasi quotidien, le couple s’accommoderait presque de la situation, mais ces turbines à gaz pour alimenter ces data centers en électricité les ulcèrent. « Notre vie de tous les jours en est impactée : promener le…
Auteur: Nastasia Peteuil, Théo Quintard

