Ashburn, Sterling, Richmond (États-Unis), reportage
Vu du ciel, l’horizon est saturé de data centers — à perte de vue, partout. Tout autour d’Ashburn (Virginie), de gigantesques mastodontes sans âme et sans charme surplombent de verdoyantes résidences pavillonnaires. Au nombre de 150, ces serveurs informatiques, devenus essentiels pour faire fonctionner ChatGPT et toute autre intelligence artificielle, concentrent à eux seuls 70 % du trafic mondial d’internet et forment le Data Center Alley, l’allée des centres de données.
Réfugiés dans la commune voisine mais tout aussi bruyante de Sterling, Blandine Maréchal et Craig Dobbs vivent littéralement à la porte d’un complexe de trois data centers appartenant à l’entreprise Vantage. Avec comme seul rempart de petits arbustes plantés aux abords d’une route censée mener vers le progrès. « Ce bruit est constant et nous reste continuellement dans les oreilles : c’est comme si vous aviez un moteur dans votre maison », confient les deux ingénieurs en aérospatiale, « désabusés » face à l’appétit grandissant des géants de la tech.
Depuis 2023 et la poussée des data centers, le couple franco-étasunien s’endort et se réveille au rythme de ces centres et tente de survivre face à leurs voisins encombrants aux ronflements incessants. Un autre voisin, bien réel lui, dit avoir enregistré une pointe à 82 décibels, le 4 avril — une mesure bien supérieure au seuil maximal de 55 décibels recommandé par l’Agence étasunienne de protection de l’environnement (EPA) pour les zones résidentielles.
Sans ce vacarme quasi quotidien, le couple s’accommoderait presque de la situation, mais ces turbines à gaz pour alimenter ces data centers en électricité les ulcèrent. « Notre vie de tous les jours en est impactée : promener le chien ou simplement être sur la terrasse n’est plus un moment paisible », confie Craig Dobbs, d’une voix calme et…
Auteur: Nastasia Peteuil, Théo Quintard

