Un capitalisme de surveillance ?

Il y deux ans sortait L’âge du capitalisme de surveillance de Shoshanna Zuboff, unanimement salué par toute la gauche occidentale comme le manuel de référence pour comprendre l’évolution des vingt dernières années. Plusieurs critiques ont aussi été formulées, qui insistent en général sur la posture réformiste assez naïve de Zuboff : il y aurait un bon capitalisme, jusque dans les années 90, mais il a été perverti par un monstre, le capitalisme de surveillance, qui sévit depuis deux décennies maintenant. Ces critiques sont justes mais l’enquête de Zuboff étant conséquente, il nous semblait pertinent d’y consacrer une discussion plus approfondie pour le quatrième épisode de notre rubrique cyber-philo-technique.

Sur la couverture de l’édition française, en bas à gauche, un éloge de Naomi Klein n’hésite pas à dire du livre qu’il est à lui seul ’un acte d’autodéfense numérique’. En bas à droite de la couverture, on lit aussi ’Plébiscité par The New York Times, The Financial Times, The Guardian et Barack Obama’. Le même Obama au sujet duquel on apprend en avançant dans le livre qu’il a mené ses campagnes électorales avec l’aide d’un certain Eric Schmitt, ancien PDG de Google, afin de cibler massivement les électeurs indécis qui pouvaient pencher en sa faveur.

Voilà qui laisse songeur : contre qui peut-il bien nous défendre, ce gros livre, si même Obama l’adoube publiquement ? Plus concrètement, l’approche de Zuboff nous aide-t-elle à y voir plus clair et trouver des failles lorsqu’on veut s’attaquer radicalement au monde de l’économie et du capitalisme ?

Dans un premier temps, nous reprendrons la structure du livre pour y glaner les analyses qui nous semblent pertinentes et permettre à celles et ceux qui n’ont pas le temps de lire le livre d’en avoir une petite idée. Ensuite, on verra pourquoi la critique de Zuboff rate au moins en partie sa cible parce qu’elle se fonde sur un socle pourri dès l’origine. 

I. Naissance et apogée du capitalisme de surveillance

« vous avez besoin de gagner, mais vous feriez mieux de gagner en douceur »
Eric Schmitt

Passons la couverture tristement comique et ouvrons le livre. Voici la définition autour de laquelle tourne le livre : ’Le capitalisme de surveillance revendique unilatéralement l’expérience humaine comme matière première gratuite destinée à être traduite en données comportementales. Bien que certaines de ces données soient utilisées pour améliorer des produits ou des services,…

La suite est à lire sur: lundi.am
Auteur: lundimatin

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