Avec l’annonce de la dissolution de l’Assemblée nationale par le président Emmanuel Macron, les élections européennes ont pris un tour inattendu en France. La conjoncture est exceptionnelle à plusieurs égards : la guerre est revenue au cœur du vieux continent et l’armée russe pourrait l’emporter contre l’Ukraine ; des partis d’extrême droite ont déjà conquis le pouvoir en Europe occidentale (notamment en Italie) après que l’illibéralisme se soit installé durablement dans sa partie orientale ; et en France, les législatives anticipées pourraient venir ajouter des teintes brunes à ce tableau européen déjà bien sombre.
De fait, le retour du tragique de l’histoire repose la question européenne à nouveau fraîche. Au sens propre du terme. Rien que l’adaptation de notre système productif à la décarbonation est évaluée à environ 400 milliards d’euros supplémentaires par an.
Comment, dans ce contexte, produire les efforts financiers et les investissements massifs nécessaires dans une Europe à ce point divisée ? L’idée que je défends dans mon récent ouvrage consiste à penser que sans un ancrage démocratique plus fort au cœur des sociétés européennes, l’Union européenne a peu de chances de parvenir à relever les défis qui l’attendent.
Une seconde chambre au sein de l’Union européenne ?
La piste que nous suivons a été défrichée par le philosophe allemand Jürgen Habermas qui a souligné, il y a une quinzaine d’années, qu’il existait une sorte de dédoublement du pouvoir au sein de l’Union : les habitants des pays membres sont à la fois citoyens de ces États et futurs citoyens de l’UE. Il existe donc deux dimensions de la citoyenneté, et il convient de les institutionnaliser de manière formelle afin que les citoyens entretiennent des relations de droits et de devoirs en même temps vis-à-vis de leurs États d’origine, comme c’est déjà le cas, et vis-à-vis de…
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Auteur: Guillaume Sacriste, Maître de conférences en science politique, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

