Une publication mise en ligne début janvier 2024 sur le site BioRχiv (prononcé, à l’anglo-saxonne, « bioarchive ») a fait couler beaucoup d’encre. Il faut dire que l’histoire qu’elle raconte est particulièrement intrigante.
Intitulée « Lethal Infection of Human ACE2-Transgenic Mice Caused by SARS-CoV-2-related Pangolin coronavirus GX_P2V(short_3UTR) », elle implique des souris, des pangolins, ainsi qu’un virus qui est le cousin d’une vieille connaissance, le coronavirus SARS-CoV-2.
Dans cet article scientifique non encore évalué par les pairs (c’est un point important à souligner), des chercheurs de l’université de technologie chimique de Pékin relatent les résultats de leurs expérimentations. Ces dernières ont consisté à infecter, avec un virus dérivant d’un coronavirus initialement isolé chez des pangolins, des souris « humanisées ».
Résultat : une semaine plus tard, 100 % des rongeurs étaient morts, le virus ayant envahi non seulement leurs poumons, mais aussi leurs cerveaux. Comment interpréter ces résultats ? Faut-il s’en inquiéter ? Décryptage.
Retour en arrière
Pour bien comprendre le contexte dans lequel ont été menées ces expérimentations, il nous faut revenir quelques années en arrière. En 2020, précisément.
À cette époque, des équipes de recherche chinoises publiaient des séquences de génomes de coronavirus de pangolins. Celles-ci provenaient de virus isolés à partir d’échantillons prélevés entre 2017 et 2019, sur des animaux saisis lors d’opérations anti-contrebande. Avant cette découverte, on ne connaissait pas de coronavirus de pangolins. Toutefois, le fait d’avoir trouvé des coronavirus chez les pangolins n’est pas étonnant, puisque ces virus infectent les mammifères.
Deux souches distinctes avaient alors été isolées par les équipes chinoises, après infection de cellules en culture : la souche pCoV-GD01 (à partir d’un prélèvement…
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Auteur: Anne Goffard, Médecin, Professeure des Universités – Praticienne Hospitalière, Université de Lille

