Monts d’Arrée (Finistère), reportage
C’est le genre d’image qui fait frais au cœur. Sur le Tuchenn Kador, modeste « montagne » bretonne culminant à 385 mètres, Cécile Becquart trône au milieu de ses brebis avec l’air de quelqu’un qui a repris possession des lieux. Autour d’elle, la lande ondule sous le vent, les bêtes broutent molinie et jeunes ajoncs, et le paysage a retrouvé ses verts. Difficile d’imaginer qu’en 2022, au même endroit, elle avançait dans un décor noirci, les traits tirés, au milieu d’une montagne ravagée par les flammes. Les photos de Jérômine Derigny racontaient alors une éleveuse minuscule dans un paysage lunaire. Quatre ans plus tard, le rapport de force s’est presque inversé.
C’est de la résilience en barre. Revenir après le feu. Remettre les bêtes sur la lande. Continuer à pâturer malgré les sécheresses, les chaleurs et les années « exceptionnelles » qui ont cessé de l’être. Et transformer une vieille pratique paysanne en outil d’adaptation au changement climatique. En 2022, 1 725 hectares des monts d’Arrée sont partis en fumée, dont quelque 1 100 hectares de landes et 380 hectares de landes humides et de tourbières. Quatre ans plus tard, sous les sabots et entre les dents des brebis, se joue une petite partie de la défense du massif : manger la végétation, éviter qu’elle ne s’accumule, maintenir la lande ouverte et ralentir, peut-être, le prochain incendie.
Moins de carburant pour les feux
Ce jour d’août, il fait chaud, trop chaud même pour des brebis qui commencent à souffrir lorsque le thermomètre approche 25 ou 30 °C. Elles se regroupent au centre du paddock, 4 hectares de landes sur le Tuchenn Kador. Molinie, jeunes pousses d’ajoncs, bruyère : le menu est rustique. Les brebis, explique Cécile Becquart, font tranquillement leurs « trois-huit » : « Huit heures à manger, huit heures à ruminer et huit heures à…
Auteur: Jérômine Derigny, Laure Noualhat
