LR&LP : Qu’est-ce qui vous a, à l’origine, donné l’idée d’enregistrer les chants de toutes les espèces d’oiseaux en Irlande ?
Seán Ronayne : Cela s’est fait de manière assez naturelle. Je ne me suis jamais levé en me disant que j’allais entreprendre ce projet, j’écoute les oiseaux depuis l’enfance, c’est une part de moi. En m’installant en Catalogne, j’ai acheté mon premier enregistreur pour apprendre à reconnaître de nombreuses nouvelles espèces, et j’ai commencé à accumuler des sons.
De retour en Irlande, où les vastes espaces sauvages sont plus rares, j’ai ressenti un manque, mais aussi le besoin de donner un sens à cette situation. Plutôt que de m’attrister, j’ai décidé d’enregistrer les chants de toutes les espèces, de révéler leur beauté et de toucher le public afin de mieux défendre ces milieux. C’est ainsi qu’est né le projet.
Crédit : Chris Maddaloni
LR&LP : Que révèle, selon vous, l’évolution des paysages sonores irlandais sur l’état de la biodiversité du pays ?
Seán Ronayne : Ce n’est un secret pour personne : les populations d’oiseaux déclinent partout dans le monde, et l’Irlande n’échappe pas à la tendance. Aujourd’hui, 63 % des espèces irlandaises sont menacées d’une manière ou d’une autre. Le fait que certaines aient été si difficiles à enregistrer est en soi un signal alarmant de leur raréfaction, en particulier pour le râle des genêts. L’idée de voir cet oiseau disparaître est profondément bouleversante.
Pourtant, ce projet m’a aussi apporté beaucoup d’espoir. Les réactions sont extrêmement encourageantes. Elles montrent que, même si les gens sont éloignés de la nature – non par choix, mais par conditionnement –, l’attachement et le désir de lien demeurent. Ils sommeillaient, et j’ai le sentiment qu’ils se réveillent.
Pas uniquement grâce à mon travail, mais aussi parce que de nombreuses voix écologistes…
Auteur: Joanna Blain

