Première partie. Deuxième partie Troisième partie
Quatrième partie Cinquième partie Sixième partie
Septième partie Huitième partie Neuvième partie
1. « Autobiographie » (Album Autobiographie, 1980)
« J’ai ouvert les yeux sur un meublé triste, rue Monsieur-le-Prince, au Quartier Latin, dans un milieu de chanteurs et d’artistes, qu’avaient un passé, pas de lendemain, des gens merveilleux un peu fantaisistes, qui parlaient le russe et puis l’arménien. »
Cette prodigieuse ouverture sera reprise en coda, et le tout dernier mot de l’histoire sera donc « arménien ». Comme le dernier mot d’« Ils sont tombés » fut « Arménie ». Et comme celui de « Pour toi Arménie », à la fin de la décennie, sera « Hayastan ! », en arménien dans le texte. Voilà déjà qui n’est pas rien.
Après le génocide, donc, et avant le tremblement de terre, l’heure est au chant de l’exil. Après l’Anatolie, et avant le « retour » à Gyumri et Yerevan, nous nous posons rue Monsieur le Prince. Les choses mettent du temps, mais ça valait le coup d’attendre : Aznavour consacre la plus longue chanson de tout son répertoire (plus de sept minutes), la moins conventionnelle (sans refrain), la plus directement personnelle aussi, et l’une des plus écrites, l’une des plus touchantes, l’une des plus belles tout simplement, à une minutieuse évocation de son enfance parisienne de fils de réfugiés, avec ses « fins de mois difficiles » où l’on va au « Mont de piété » mettre en dépôt « un vieux samovar, des choses futiles, objets du passé auxquels on tenait »… Bref, la Bohème, la vraie. La sienne. Pas celle d’Henri Murger, vécue par procuration ou par projection.
Rappelés pour l’occasion, Garvarentz et Mauriat composent et orchestrent ce qui restera comme le dernier grand album d’Aznavour. La chanson-titre déroule donc sur sept minutes une mélodie délicate, délicieuse,…
Auteur: Pierre Tevanian

