Le bruit de la mort en permanence. Les coups de feu, les grondements des démolitions, le bourdonnement continu des drones de combat israéliens, jour et nuit. Voilà comment Ashraf Mushtaha décrit son quotidien dans la bande de Gaza.
« Il n’y a aucun endroit sûr, à Gaza. Même un simple déplacement au marché pour s’approvisionner comporte le risque d’être pris dans une frappe ciblée. Je ne trouve qu’un bref sentiment de sécurité chez moi, auprès de ma famille et je savoure chaque instant passé ensemble », dit-il, lors des échanges que nous avons eus par e-mail avec lui début mai.
Ashraf Mushtaha est un hydrogéologue palestinien. Il dirige un département du service public de gestion de l’eau potable et de ses infrastructures pour l’ensemble de la bande de Gaza. Il mène également des recherches sur l’inquiétante salinisation croissante de l’eau des Gazaouis (la baisse des nappes phréatiques entraînant une remontée souterraine d’eau de mer). Tout cela a été brutalement anéanti par la guerre génocidaire menée par Israël dans l’enclave palestinienne, en réponse aux attaques du Hamas du 7 octobre 2023.
Lire aussi : Gaza : plus de 1 000 personnes tuées lors de distributions alimentaires
« Cynisme glaçant » de la France
Il y a quelques mois encore, son seul espoir de quitter l’horreur, c’était la France. La candidature du chercheur avait été retenue par le comité de direction du programme Pause. Ce dispositif permet à des scientifiques et artistes en danger dans leur pays de venir travailler en France, le financement étant assuré conjointement par l’État et par l’établissement d’accueil.
Mais presque au même moment, le 22 janvier, le gouvernement français a décidé de « suspendre » les Gazaouis du programme. Au motif qu’il « paraît difficile, voire impossible, de procéder à ces évacuations et [qu’il] serait déplacé de donner l’espoir à ces lauréats…
Auteur: Vincent Lucchese

