En guise d’appel au rassemblement qui a lieu demain vendredi 17 octobre 2025 à 18h, nous replions le texte d’hommage rendu à Jean-Luc Einaudi après sa disparition en mars 2014. Emmanuel Blanchard, historien et auteur d’une thèse sur la police française et les Algériens de 1944 à 1962, revenait alors sur son apport – immense – dans le combat mémoriel et la recherche historique sur un crime d’Etat longtemps occulté : le massacre d’octobre 61.
À la fin des années 1970, la mémoire du 17 octobre 1961 reste vive dans certains groupes d’extrême-gauche et chez quelques militant-e-s ayant directement vécu cette répression sanglante qualifiée de « pogrom » par Pierre Vidal-Naquet [1]. Mais le « mensonge d’État » construit dès l’automne 1961, et la « triple occultation » qui s’en suivit, font que ces journées restent « portées disparues » dans la mémoire collective et les manuels scolaires [2].
Au début des années 1980, sous le double effet de l’ouverture médiatique, favorisée par l’arrivée de la gauche au pouvoir, et des mobilisations d’enfants d’immigrés algériens – notamment autour de la « Marche pour l’égalité et contre le racisme » de 1983 –, le massacre du 17 octobre 1961 commence à avoir droit de cité dans des médias de grande diffusion : quelques courts reportages, des séquences de documentaires, des articles de presse ou de rares analyses d’historiens permettent de sortir cette journée du silence [3]. En 1985, un premier livre d’enquête lui est même consacré par le journaliste et militant des droits de l’homme Michel Lévine. Cet ouvrage, aux qualités aujourd’hui unanimement reconnues, ne trouve alors pas de public. Son auteur, dépité, se débarrasse de sa documentation et abandonne ce sujet [4]. À l’époque, même s’il est évoqué dans les écrits et documentaires de Benjamin Stora notamment [5], le 17 octobre 1961 n’est alors pas un…
Auteur: Emmanuel Blanchard

