« Un jour d’avril » de Michael Cunningham : la bascule des êtres

Un jour d’avril

de Michael Cunningham

Traduit de l’anglais (américain) par David Fauquemberg

Seuil, 320 p., 22,50 €

Leurs vies, à New York, ne leur ressemblent plus tout à fait. Il y a maintenant du jeu entre chacun et son quotidien. Un matin, « la sensation que l’attraction terrestre ne la tient pas en place comme autrefois » saisit Isabel dans le métro. Ses deux enfants, Nathan et Violet, son époux, Dan, dont elle est « aimée et cajolée », son travail de rédactrice en chef photo d’un magazine : ces cases de l’accomplissement, elle a souhaité mordicus les cocher.

Mais « le truc maintenant, visiblement, c’est de continuer à vouloir, le boulot aussi bien que le mariage, la maternité, le sac à main au coût exorbitant », détaille Michael Cunningham avec cet art qu’il maîtrise si bien : celui de se placer, dans l’élan d’une même phrase, au-dedans comme au dehors de son personnage, au cœur de ses silences intimes comme à la surface de son image.

Les mirages de la société et les aspirations secrètes des êtres

L’auteur américain, rendu célèbre de ce côté-ci de l’Atlantique par Les Heures, roman qui lui valut le prix Pulitzer en 1999 – suivi d’une adaptation au cinéma avec Nicole Kidman, Meryl Streep et Julianne Moore –, fait ainsi varier la distance avec chacun des caractères d’Un jour d’avril. C’est le gage d’une grande finesse, le moyen de montrer le subtil travail, sur les êtres, des mirages de la société et de leurs aspirations secrètes. Des efforts qui à certains moments se conjuguent et, à d’autres, divergent. Tantôt, les premiers l’emportent et le costume d’un moi fantasmé est enfilé, tantôt ce sont les secondes qui gagnent et ressurgit alors le fantôme d’un moi passé.

L’auteur attrape chacun dans ce passage entre l’un et l’autre, le jour où il apparaît qu’un enfant a changé, qu’un renoncement a gagné, que l’irréparable s’est plus que…

La suite est à lire sur: www.la-croix.com
Auteur: Marianne Meunier

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