Vous écoutez France Culture. Le 3 juin 2020. 7 h 35 : c’est la revue de presse internationale. Le journaliste revient sur la démission du chef de l’État bolivien. Evo Morales aurait, en novembre 2019, été contraint de « fuir La Paz sous la pression de grandes manifestations après avoir été pris en flagrant délit de falsification des résultats de l’élection présidentielle ». Même revue de presse, une semaine plus tard : le chroniqueur signale en passant que le New York Times, souvent aligné sur les positions du Pentagone, vient d’admettre « ses doutes, désormais très forts, sur la version des faits qu’il avait lui-même véhiculée, avec le reste de la presse internationale et nous compris, au moment de la précédente élection bolivienne ». Vous écoutez France Culture et jamais vous n’entendrez les petits télégraphistes admettre que la station a couvert un coup d’État d’extrême droite contre l’un des rares gouvernements populaires d’Amérique latine. Dans les rédactions, la baisse du nombre de correspondants à l’étranger et des crédits alloués aux reportages ont fait place nette pour ce genre de désinformation.
Et ce qui vaut pour les affaires internationales et pour les aventures impériales de la France – au Kosovo en 1999, en Afghanistan en 2002 ou en Lybie en 2011 – vaut aussi pour le maintien de l’ordre le plus ordinaire. Dans le traitement des réalités hexagonales, la dépendance des journalistes au pouvoir est forte. « La presse a besoin des pouvoirs pour fonctionner tant elle dépend de leurs informations, observe le politiste Alain Garrigou. Il ne s’agit pas seulement de la dépendance économique, si banale que l’on est tenté de la considérer comme irrémédiable. Les tentatives d’affranchir la presse de l’argent ont largement échoué et la soumission directe aux propriétaires, ou indirecte aux annonceurs, n’est pas un mythe. Elle est redoublée d’une dépendance fonctionnelle par laquelle ce sont les pouvoirs qui produisent les informations qui alimentent la presse : grandes bureaucraties d’État, entreprises et grandes organisations se sont dotées de services spécialisés. Relations de coopération plus que de pression. »
Remontrances, outrances, points aveugles : qu’on pense à la grève des cheminots au printemps 2018, au mouvement des Gilets jaunes à l’hiver 2018-2019 ou aux manifestations contre la réforme des retraites en 2019, le traitement médiatique n’a pas varié. Les journalistes ont mis à contribution les préfectures ou les…
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Auteur: Sophie Eustache Acrimed

