Un « marxisme militant » à la Libération (2)

La philosophie du jardinier

Ce n’est pas parce qu’il aurait été biologiste ou philosophe, mais en sa qualité de journaliste bon connaisseur et traducteur de la langue russe qu’un certain Jean Champenois a introduit en France les « théories » de Lyssenko. Le 26 août 1948, il signe dans la revue littéraire Les Lettres françaises un long article sous le titre, annoncé en bandeau sur toute la largeur de la première page : « Un grand événement scientifique : l’hérédité n’est pas commandée par de mystérieux facteurs – Le savant soviétique Lyssenko porte un coup droit aux théories anti-darwiniennes ».

La Nouvelle critique avait ensuite abordé cette question, à travers un bref article du journaliste Francis Cohen, spécialiste de l’URSS, sur l’affaire qui avait mis le feu aux poudre : la célèbre affaire Lyssenko. Cohen avait évoqué dans plusieurs articles de L’Humanité les travaux de cet agronome soviétique, qui à partir des recherches pratiques d’un vieux jardinier russe, Mitchourine, récusait la génétique dans son principe : la génétique mendélienne, pour lui, était contraire aux principes de la dialectique matérialiste selon laquelle tout se transforme en permanence, en introduisant un principe biologique fixe et immuable à travers le concept de gène.

Pour répondre à des critiques qui avaient été adressées à ses articles dans lesquels il dénonçait comme « obscurantiste » la génétique, il avait publié dans le n°2 de la revue, en janvier 1949, une Lettre à un intellectuel communiste sur l’affaire Lyssenko. Son contradicteur objectait en particulier qu’il s’agissait, avec les techniques de Mitchourine, « davantage d’une méthode empirico-expérimentale excellente que d’une théorie scientifique. »

« Le mérite de la génétique, disait ce contradicteur, n’est peut-être pas très grand dans la pratique, mais en tout cas sur le plan de la compréhension…

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Auteur: ugopalheta