Bords de Loire, reportage
Dans ce jardin des bords de Loire, le printemps gazouille. Au milieu d’un tapis verdoyant, des crocus récemment plantés déploient leur lumineuse corolle violette. Le secret de leur vigueur ? « On les a amendés avec du compost de caca humain », sourit malicieusement Fabien Esculier, propriétaire des lieux.
Rien d’étonnant à cela : dans cette maison, urine et fèces sont traitées comme des matières précieuses. Collecté dans des bidons équipés d’entonnoirs, le pipi finit dans un point d’apport volontaire voisin, à Angers — il ira ensuite fertiliser des terres maraîchères du territoire. Le caca, lui, termine sa course dans un compost dédié, au fond du jardin, où il se décomposera durant deux années avant de servir comme amendement.
Une évidence pour Fabien Esculier et sa famille. Car l’homme a dédié sa carrière à réhabiliter l’engrais humain, en tant que chercheur mais aussi comme auteur : il publie, le 1er avril, Une autre histoire des excréments (éd. Actes Sud), un ouvrage qui entend révolutionner notre rapport à nos excrétions. « Il y a là un potentiel de transformation prodigieux », insiste-t-il, le regard pétillant derrière ses lunettes rondes.
10 L par chasse d’eau, « l’aberration paraît évidente »
Le scientifique n’a pourtant pas connu la « cabane au fond du jardin », ni le tas de fumier où l’on déversait (aussi) les pots de chambre. De son enfance dans le 13e arrondissement de Paris, on ne saura rien, ou si peu — la grand-mère qui l’incitait à uriner sur la rhubarbe « pour la faire pousser ». S’il est intarissable quand il s’agit de parler excréments, Fabien Esculier reste pudique sur sa vie personnelle. Lui fait remonter sa « prise de conscience » à ses années à l’École polytechnique.
« J’ai découvert le désastre écologique en 2004, raconte-t-il, citant l’ingénieur Jean-Marc Jancovici. Ce fut un choc…
Auteur: Lorène Lavocat, Mathieu Génon

