Dans les relations entre salariées et directions d’entreprise, le rapport de forces détermine qui aura l’avantage dans les négociations, autant en termes de salaires que de conditions de travail. Si une bonne partie du travail syndical consiste à construire ce rapport de forces, l’état du marché du travail l’aidera ou l’handicapera dans cette tâche.
Deux chiffres permettent de résumer cet état du marché aujourd’hui. Selon les données de France travail, il y avait fin 2025 5,7 millions de personnes en recherche d’emploi en France, pour moins d’un million d’offres rendues publiques par France Travail. En admettant que le million d’offres d’emploi trouve preneur parmi les 5,7 millions de demandes – ce qui est théorique car il n’y a pas forcément d’adéquation parfaite entre elles – il resterait 4,7 millions de demandes insatisfaites.
Le déséquilibre est évident. Ce qui explique que 2,5 millions de personnes n’ont pas trouvé ou retrouvé de travail au bout d’un an de recherches (les « demandeurs d’emploi de longue durée »), sans parler des personnes qui ne figurent plus dans ces statistiques car elles ont renoncé à tout espoir en matière d’emploi.
Cette situation n’est pas favorable aux salariées. Les directions d’entreprise ont toute latitude pour refuser les demandes des salariées autant en termes de rémunération que de conditions de travail. Dans ce cadre, le dialogue social se réduit souvent à un canal d’information unilatéral en provenance de l’employeur. Et l’organisation collective des salariées via les syndicats devient difficile.
Renverser la perspective
On pourrait imaginer une situation inverse dans laquelle nous aurions 5,7 millions d’offres d’emploi face à un million de demandeurs. Des esprits grincheux pourraient s’offusquer que de nombreuses offres d’emploi resteront toujours insatisfaites. Ce serait l’occasion d’avoir un réel débat de société….
Auteur: Benoît Borrits

