Paris, reportage
Lorsque Tarek Idrissi sort de la cuisine pour nous saluer, sa casquette « Palestine is freeing us », son pull « Gaza Palestine » et son keffieh, disent d’emblée son engagement. C’est pourtant pour cela que lui et les douze salariés de la Cuisine de Souad vont devoir quitter l’hôtel Babel, qui les accueillait gratuitement, dimanche 12 avril.
Ouvert depuis mai 2025 dans une rue calme près du boulevard de Belleville à Paris, le restaurant Ernest et Souad a été cofondé par deux structures : Ernest, association de lutte contre la précarité alimentaire, et La Cuisine de Souad. Le matin, le midi et le weekend, l’équipe de Souad, traiteur fondé par Tarek et sa sœur Leila, propose des plats marocains véganes, bio et de saison tandis que le soir Ernest sert une cuisine italienne.
Las, l’homme de 34 ans à la barbe de quelques jours nous montre du doigt la raison de leur départ : un sticker avec la mention « Free Palestine » et le drapeau palestinien, collé sur la tablette d’encaissement posée sur le bar devant l’entrée. Pourtant, « face au génocide en cours, demander une Palestine libre, ce n’est pas faire de la politique, c’est juste être humain », dit-il.
Tout près, sur le buffet, se dressent des cakes aux amandes à l’huile d’olive et au yaourt de soja, des baghrirs — aussi appelées crêpes aux mille trous — et à côté un pot d’amlou, cette purée d’amande à l’huile d’argan. Dehors, les premiers clients sont attablés pour le petit-déjeuner.
« Je refuse de renier mes valeurs »
Tout a commencé le 22 février. « Ce matin-là, un client de l’hôtel de nationalité israélienne venu prendre son petit-déjeuner a été choqué de voir ce sticker, raconte Tarek Idrissi, qui gère l’entreprise, en s’installant juste après nous avoir proposé un café. Il ne nous a rien dit sur le moment mais il s’en est ensuite plaint à la direction de l’hôtel…
Auteur: Jeanne Cassard

