Mercredi 7 mai, le président syrien par intérim Ahmed Al-Charaa a été reçu pour la première fois à l’Elysée. À cette occasion, le collectif de cinéastes syriens Abounaddara revient sur la figure du « syrien fanatique » incarnée par le squelette de Soliman al-Halabi (1777-1800), assassin du général Kleber conservé successivement dans plusieurs musées français. Son crâne a longtemps servi à l’université de médecine de Paris, où il était exposé aux étudiants « pour leur faire voir la bosse du crime et du fanatisme ».
La Syrie a pour ennemi son image. Elle apparaît à son corps défendant comme un rejeton dégénéré de la nation gréco-romaine dont elle a hérité du nom, et que l’on dit berceau de la civilisation. Elle a beau chercher à endosser un destin national propre en invoquant son passé arabo-musulman. Son existence paraît d’autant plus douteuse qu’elle ne cesse de défrayer la chronique pour des faits de fanatisme depuis son entrée dans le concert des nations modernes au sortir du Mandat français (1920-46).
Or l’ennemi est passé à l’offensive dans le sillage du changement de régime politique qui est survenu à Damas le 8 décembre 2024. Il cherche à tirer avantage du chaos en acculant la Syrie à son image de nation gangrénée par un fanatisme endémique. Et il argue pour cela de l’échec de l’ancien régime.
De fait, l’ancien régime a été fondé par une lignée de militaires à poigne qui ont pris le pouvoir au lendemain de l’indépendance en promettant de restaurer la grandeur de la Syrie. Pour ne parler que de Hafez al-Assad et son fils, Bachar, qui ont témoigné le plus de zèle en la matière, le premier s’est distingué après son putsch de 1970 en déclarant la guerre contre le fanatisme au nom du parti de la Résurrection (Baath, en arabe), tandis que le second a fait appel à plusieurs armées ou milices étrangères pour mener à bien la guerre déclarée par son père….
Auteur: dev

