Dans le Nord-Est syrien, sous contrôle kurde, une large place est donnée à l’égalité entre les genres. Des maisons de femmes, et même un village de femmes, ont vu le jour sur les ruines laissées par la guerre.
« Ici, c’est à la fois un endroit pour se réparer et un lieu pour construire. » Fatma embrasse d’un geste de la main les trente maisons en terre battue surmontées de citernes colorées, le terrain de jeux pour enfants, les abricotiers qui grandissent, les chats qui jouent et tout ce qui donne corps à Jinwar, le « village des femmes » du Nord-Est syrien. En 2018, lorsque les premières maisons de brique en terre crue ont commencé à sécher, la jeune femme de Kobané a poussé le portail avec ses trois enfants pour trouver un refuge et fuir sa belle-famille, qui voulait l’empêcher de travailler. « Après la mort de mon mari dans la bataille contre Daech, c’était très dur. J’avais besoin d’un lieu pour me ressourcer en vivant entre femmes, proches de la nature. Ici, j’ai réussi à dépasser mes traumatismes. »
Le village des femmes, un refuge contre l’oppression patriarcale et ses violences
Près d’une quarantaine de femmes et d’enfants habitent à Jinwar : kurdes mais aussi arabes, ce sont des veuves, des femmes divorcées ou répudiées, des célibataires refusant de se marier, des déplacées par la guerre… « L’idée est que les femmes sachent qu’elles ont toujours un lieu où elles peuvent trouver refuge, pour qu’elles n’en arrivent pas au suicide », explique Zozan, une des militantes à l’initiative du projet. « Elles viennent ici pour se prouver qu’elles existent et se réaliser en tant que femmes, contre la mentalité patriarcale. » Ateliers de couture et d’artisanat, élevage de moutons et de poules, champs et vergers collectifs, boulangerie et magasin, mais aussi école pour les enfants, académie de formation, clinique et bientôt école de musique : les femmes développent les bases d’une autonomie économique, sociale et, in fine, existentielle et mentale. Chaque mois, elles se réunissent en assemblée pour se répartir les tâches, discuter d’éventuels problèmes et accueillir de nouvelles habitantes.
« Ici, c’est à la fois un endroit pour se réparer et un lieu pour construire. » Jinwar, au Rojava, est le premier « village des femmes » / © Christophe Thomas
« Dans notre contrat social, le plus important, c’est la question du droit des enfants. La violence et les coups sont interdits, explique Fatma. Nous voulons qu’ils vivent en…
La suite est à lire sur: www.bastamag.net
Auteur: Pierre Bonneau

