Libération raconte une « 36e Nuit des Molières qui n’a que mollement et poliment protesté contre les coupes budgétaires pourtant dramatiques qui touchent le spectacle vivant ». Télérama pointe une forme toujours aussi convenue « laissant voguer le bateau théâtre sans grands remous ni coups d’éclat » tandis que le metteur en scène Bruno Boussagol jette un oeil critique sur la cérémonie qu’il regarde pour la première fois à la télévision …

« J’ai hésité à regarder cette cérémonie (pour la première fois de ma vie en ce qui me concerne). Et puis en cours je n’ai plus lâché jusqu’à la fin en me posant cette question existentielle : en quoi j’existais moi aussi à travers cette cérémonie.Et bien il n’y a pas eu un instant durant lequel j’ai pu m’identifier à l’un ou l’autre des protagonistes. Pourquoi ? Tout simplement parce que je ne fais pas le même travail que ces personnes rassemblées en leur Palais. Déjà le théâtre/lieu en question : je n’y vais jamais. Ni comme professionnel ni comme spectateur. Rien de ce qui s’y passe (tout au long de l’année) ne me concerne. Les récompenses maintenant. Il n’y en a aucune qui pourrait me revenir. Pourquoi ?
Parce que le public auquel je m’adresse n’existe pas là où les récompensés travaillent. Parce que ce que je « produis » ne peut pas accéder à la connaissance de celles et ceux qui votent. Ces MOLIÈRE(s) ne concernent, ne cernent qu’un certain théâtre: celui « entre les murs ». Et clairement puisqu’ils sont nommés comme tels : théâtre public et théâtre privé. Et dans les deux cas (sauf exception tout de même) mes mises en scènes (plus de 100 en 45 ans) et festivals (8 concepts conçus en 40 ans) n’ y ont trouvé ni trouveraient place.
Pourtant j’ai été subventionné (et le suis…
Auteur: Claude Morizur

