Jacques Bidet propose dans ce texte une lecture critique serrée de l’ouvrage d’Ulysse Lojkine, Le fil invisible du capital (éditions La Découverte). Il en montre l’ambition comme alternative au Capital de Marx, mais soutient également que ces deux théories de l’exploitation demandent être complétées en prenant acte du fait que le pouvoir social peut être lié non seulement au marché mais aussi à l’organisation, et fondé sur une supposée « compétence ».
On pourra également lire sur notre site un extrait du livre, ainsi qu’une recension critique.
Tout au long de son livre, Lojkine ne cesse, comme il le souligne, p. 187, de « dialoguer avec Marx ». Il entend recueillir les points forts de sa théorie, mais aussi la corriger de certaines erreurs en la confrontant à d’autres approches, et surtout la mesurer aux transformations de l’ordre économique apparues au cours de ces deux derniers siècles. Son axe d’exploration sera celui de « l’exploitation », comprise comme « appropriation du travail d’autrui combinée à une relation de pouvoir asymétrique », p. 9. Elle est en effet de plus en plus difficile à identifier à mesure que les réseaux à travers lesquels elle se diffuse se complexifient et que s’accroît la distance entre les exploités et leurs exploiteurs. Lojkine se donne donc une tâche descriptive : faire apparaître « l’exploitation capitaliste », sous ses diverses formes, en montrant chaque fois en quoi consiste l’appropriation et sur quel pouvoir elle repose spécifiquement. Et il oriente le lecteur vers des pistes qui permettraient d’y mettre fin. Si cet objectif se révèle si difficile à atteindre, explique-t-il, c’est parce que les mécanismes sociaux sur lesquels repose l’exploitation sont ceux-là mêmes qui assurent…
Auteur: redaction

