Une poignée de lycéens est agglutinée aux premiers rangs de l’ancienne 23e Chambre correctionnelle du Palais de justice de l’Ile de la Cité. Têtes aux longs cheveux blonds, bruns, bouclés appuyées sur le dossier de bois verni des vieux bancs de cette salle, que les doigts de leurs camarades tressent sous le regard bienveillant de leur prof de philosophie. Les fenêtres, hautes entre les boiseries de la salle, font tomber en plaque diffuse, la lumière d’un soleil d’hiver.
Nous sommes le 15 décembre, la « 23e » est devenue l’une des salles de retransmission du procès des attentats du 13 novembre 2015. Il est 13H32. Sur la toile de projection, circulent, les robes noires des avocats qu’une sonnerie vient mettre en ordre : s’étire à l’horizontale une poignée de magistrats (le Président au milieu), s’étendent à la verticale quatre rangées de bureaux pour les avocats de la partie civile à droite, deux rangées pour ceux de la défense, à gauche. Coincés entre ces lignes, les avocats généraux, l’huissier, les greffiers et dans le box, les accusés. Un total d’une cinquantaine de personnels de la justice. Au centre la barre, pour l’heure vide, comme un îlot perdu.
« Aujourd’hui nous allons entendre la déposition de Madame Anna Diana Clain, sœur des frères Clain mis en cause dans ce dossier pour leur participation aux attentats en tant que hauts cadres de la branche médiatique francophone de l’État Islamique (EI). Inutile de mentionner ici qu’ils ont été à l’origine d’un grand nombre de chants belliqueux appelant à la guerre et au massacre des mécréants, mais aussi de nombreuses vidéos de propagande prônant les valeurs de l’EI et incitant à rejoindre ses rangs. Nous entendrons ensuite leur nièce, Jennifer Clain, fille de Madame Clain », annonce le Président de la Cour d’Assises, tout en agitant le doigt en direction de l’huissier pour lui faire signe de lancer la mise en relation avec la prison de Réaux d’où sera entendu le premier témoin de la journée.
« Pour rappel avant audition, Madame Anne Diana Clain, est le seul membre de sa famille qui n’a pas réussi à rejoindre la Syrie, elle a été interpelée en chemin alors qu’elle était en transition en Turquie. Elle est mise en accusation pour association de malfaiteurs et en attente de jugement. C’est en qualité de sœur des accusés qu’elle témoignera aujourd’hui » ajoute—t—il.
Derrière les magistrats, un large écran d’environ 5 mètres par 4 reste noir. On entend un froissement…
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Auteur: lundimatin

