Sewen (Haut-Rhin), reportage
« Ils étaient déjà en bourgeons, mais ils ont finalement dû passer l’arme à gauche. » Dans les grands tas de branchages laissés au bord de la route départementale 466, le vert tendre des jeunes pousses tranche avec le bois sombre et sec. Dépités, Albert Gasser et Nadine Forestier marquent une pause devant cette nature morte avant de reprendre leur visite de chantier. Le long de cette section de 4,5 km sillonnant la forêt vosgienne en direction du Ballon d’Alsace, des travaux sont en cours.
Ils prévoient l’abattage de 872 arbres entre le 15 avril et le 15 mai pour sécuriser la circulation sur cette route de montagne, notamment en vue du Tour de France qui doit y passer cet été. Un calendrier qui a fait bondir plusieurs associations de protection de la nature.
« Une claque »
« La période est vraiment mal choisie », détaillent les deux naturalistes, membres d’Alsace Nature. « Cela tombe en pleine période de reproduction des oiseaux et des reptiles. Tous ceux qui travaillent avec la nature savent ça », s’agace Albert Gasser, qui craint que de nombreux nids n’aient été détruits.
Composée en grande majorité de hêtres et de sapins, cette forêt typique du massif vosgien a été doublement reconnue comme une zone d’intérêt européen dans le cadre du programme Natura 2000. Elle appartient à la zone spéciale de conservation des Hautes-Vosges et accueille plusieurs espèces d’oiseaux protégés comme la chouette de Tengmalm, la chevêchette d’Europe, le faucon pèlerin ou encore le pic noir. Les troncs creux accueillent également des colonies de grands murins, l’une des plus grandes chauves-souris d’Europe.
« Lorsque de tels travaux sont menés au printemps, on ne peut pas dire que l’impact sur la biodiversité est nul. Tout ce qui est lié aux arbres prend une claque », poursuit Albert Gasser. Dérangés en pleine nidification, les oiseaux ne peuvent…
Auteur: Adrien Labit, Anne Mellier

