Faut-il lui chercher querelle ? Hier, ville française en terre bretonne, ville martyre, rasée par les bombes et les bulldozers américains, ville blanche devenue grise au fil des années 70, Brest tourne encore le dos à la mer. La cité a la chance d’être au bout du monde, mais, déficit d’image, elle refuse de laisser voir ce qu’il y a derrière. Ou si peu. «Brest est une ville où on n’a pas accès à la mer», convient le vice-amiral d’escadre Gheerbrant, préfet maritime. Il faut s’éloigner du centre, rouler cinq bons kilomètres pour parvenir au port du Moulin-Blanc où la plaisance a ses quartiers avec Olivier de Kersauson, autre figure amirale. La ville lui fournit un ponton pour accoster ses machines à ravir le trophée Jules-Verne. Le marin le plus rapide autour du monde a installé un moules-frites à côté de ses trimarans et rend de menus services. Il philosophe «D’accord, il pleut sur Brest, mais il pleut surtout sur les cons» et il était dans le comité de soutien du candidat socialiste aux municipales du printemps. Cela lui a valu, raconte-t-on, un coup de fil de remontrance de Jacques Chirac. Le navigateur a son bateau au Moulin-Blanc et son manoir sur la route du Conquet. Entre les deux, il y a Brest, mais si peu la mer. Océanopolis, principale attraction touristique dont la fréquentation baisse cette année, fait davantage découvrir l’océan qu’il ne le montre. Le port de commerce se restructure mais les quais sont le royaume des dockers. Un peu plus loin, l’Abeille Flandre qui veille sur le rail d’Ouessant attire le passant autant que le Quatre Vents où il fait bon s’abriter les jours de grand vent et de calme. Et puis, derrière le quai Malbert et le pavillon des Phares et balises, un mur infranchissable. La mer est de l’autre côté. De vieux bâtiments gris de la Royale servent de brise-lames, et l’on devine un autre monde. Celui de l’Arsenal et de la Marine. Terrain militaire. Interdiction…
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Auteur: Claude Morizur

