Un an après son arrivée au Parlement européen, Mélissa Camara, eurodéputée écologiste, revient sur un mandat marqué par la montée de l’extrême droite. Conseillère municipale à Lille, cette élue féministe, antiraciste, lesbienne et issue des quartiers populaires nous raconte comment lutter et garder espoir.
Reporterre — Voilà un an que vous avez été élue au Parlement. Comment vous sentez-vous en tant qu’eurodéputée porteuse d’une écologie féministe, queer, antiraciste, dans un monde — et un Parlement — de plus en plus à droite ?
Mélissa Camara — J’évolue dans le Parlement le plus réactionnaire de son histoire. On compte trois groupes d’extrême droite [Patriots for Europe (PfE), Europe of Sovereign Nations (ESN) et European Conservatives and Reformists (ECR)], auxquels s’ajoutent des non-inscrits parfois plus extrémistes encore. La droite classique elle-même s’aligne sur leurs obsessions.
Je le savais avant d’arriver. C’est même pour cela que je me suis portée candidate. En tant que femme racisée, lesbienne, féministe et écologiste, je savais que cette lutte devait être menée de l’intérieur. Il fallait amener un autre regard, une perspective intersectionnelle. C’est un enjeu démocratique fondamental.
Bien sûr, c’est dur. Il y a quelques jours, un député d’extrême droite polonais m’a demandé en séance si je comptais venir à la Pride [la marche des fiertés] de Budapest avec une laisse et une muselière. Et ce n’est pas un cas isolé.
Je rencontre aussi des personnes formidables. Partout en Europe, il y a des gens qui ne baissent pas les bras. Et parfois, ils gagnent. En Pologne, l’extrême droite a perdu les législatives. Elle peut être battue.
Quel bilan tirez-vous de cette première année ?
Le recul est net, sur tous les fronts. Prenez la commission des droits des femmes (FEMM), historiquement progressiste : elle est aujourd’hui infiltrée par l’extrême…
Auteur: Alexandre-Reza Kokabi

