Lac de Petit Saut (Guyane), reportage
Alors que les premières lueurs de l’aube se reflètent sur les eaux du lac de Petit Saut, le croassement des grenouilles laisse place petit à petit à la mélopée des oiseaux. Audrey Boutry laisse dériver son kayak près de l’une des quelque 1 400 îles arborées parsemant la surface de cette vaste étendue d’eau située entre Sinnamary et Kourou.
Très vite, il lui faut reprendre les rames et slalomer entre les milliers de troncs écorcés et étêtés qui émergent de la surface car, dans les eaux du lac, se cache une véritable forêt. Un écosystème entier, figé dans le temps depuis 1994 et la construction d’un barrage hydroélectrique pour laquelle 365 km² de forêt tropicale humide ont été ennoyés.
Un « trésor englouti »
« L’écosystème de ce lac n’a rien de naturel mais, trente ans après sa naissance, la nature s’est totalement réadaptée et la faune y est aujourd’hui très riche. Les arbres morts sont devenus autant de perchoirs à oiseaux et de supports pour tout un tas de mousses et d’épiphytes, explique Audrey Boutry, jumelles en main et téléobjectif en bandoulière. Cela pourrait être la vitrine de l’écotourisme en Guyane, mais on préfère l’exploiter et la détruire. » Depuis plus de trois ans, la jeune femme, guide touristique et présidente de l’association Préservons Petit Saut (A2PS), s’oppose à un projet industriel cherchant à utiliser ces bois immergés.
À quelques centaines de mètres de son kayak, une barge à bord de laquelle trône un impressionnant bras télescopique jaune se dessine dans l’ancien lit du fleuve Sinnamary. La présence de la machine vient contraster plus encore ce paysage lacustre se plaisant déjà à brouiller nos repères entre vie et mort, entre naturel et artificiel. Mais, malgré le vrombissement ambiant se mêlant au bourdonnement permanent des insectes établis sur les îles, l’imposante silhouette…
Auteur: Enzo Dubesset

