Une forêt tropicale détruite pour alimenter les chaudières françaises

Imbang, l’un des chefs du village, l’a craché au nez des policiers : il ne bougera pas, quitte à mourir sur place. Au cœur de la forêt tropicale du Sarawak, dans la partie malaisienne de l’île de Bornéo, une communauté autochtone résiste à l’appétit dévorant d’une multinationale. Menacés d’expulsion, les habitants font face aux bulldozers, bien décidés à raser ces terres sacrées pour fabriquer, entre autres, des granulés de bois… à destination de la France.

Le 5 mai, l’association Human Rights Watch a dévoilé le fruit de vingt-et-un mois d’enquête sur cette situation. Dans son viseur, le Shin Yang Group, une société aux activités tentaculaires, du transport maritime à l’immobilier, en passant par les produits miniers et la construction navale, mais avant tout l’un des leaders asiatiques dans le secteur du bois. Ses produits nécessitent de grandes monocultures, notamment de palmiers à huile.

Sur son site, le géant malaisien assure accorder « une grande importance » à la « responsabilité environnementale et sociale » et loue la pérennité de son industrie forestière. Une rhétorique qui vacille face aux voix de la communauté autochtone de Rumah Jeffery. Sa soixantaine d’habitants dénonce l’empiétement et le harcèlement orchestré par une entreprise dénommée Zedtee, l’une des dizaines de filiales de Shin Yang Group.

« Cette forêt est la pierre angulaire de l’identité culturelle et spirituelle de la communauté »

L’affaire a débuté il y a bientôt cinq ans, quand les autorités du Sarawak, l’un des deux États de Malaisie orientale, ont accordé à l’entreprise un bail chevauchant la moitié est du territoire de Rumah Jeffery. Objectif : défricher la forêt tropicale pour y établir une plantation commerciale. Entre 2021 et 2022, près de 20 hectares de couvert forestier ont ainsi été rasés, d’après les données dévoilées par le laboratoire Global…

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Auteur: Emmanuel Clévenot

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