Beyrouth (Liban), correspondance
Accroupie, Hanadi Muhanna plonge sa main dans un des lourds sacs de jute remplis de semences qui occupent le sol de sa tente du camp de déplacés de Deir el-Balah. Sur les photos qu’elle envoie à Reporterre, les semences de pastèque et d’orge, fraîchement récoltées au début de l’été, glissent entre ses doigts, prêtes à être plantées pour la saison d’hiver. « Quiconque possède des semences détient la possibilité de persévérer, de survivre. De fait, les semences sont la vie », affirme la jeune agricultrice de 38 ans dans un entretien via WhatsApp.
Les différents sacs, bidons et conteneurs qui l’entourent ont été récupérés au fil des mois de guerre et d’exil. Ils abritent une trentaine de variétés de semences paysannes différentes, fruits de plus d’un an de coordination et d’entraide entre agriculteurs gazaouis, en plein cœur du génocide.
Hanadi avait déjà cofondé avec son père une banque de semences paysannes en 2017, qu’elle a dû laisser entièrement derrière elle dès octobre 2023 lors de son départ d’urgence du village d’Al-Qarara, au nord de Khan Younès. Ce dernier, en raison de sa proximité avec la frontière israélienne, était devenu extrêmement dangereux au début de l’offensive d’Israël, qui a fait presque 75 000 morts en trois ans.
Depuis le cessez-le-feu d’octobre 2025, la bande de Gaza se retrouve divisée en deux zones, séparées par une « ligne jaune » mortelle : des snipers israéliens abattent quiconque s’en approche. Avec les bombardements quotidiens, 1 500 Palestiniens ont été tués malgré la trêve. Alors qu’une moitié du territoire est occupée par l’armée israélienne, dans l’autre s’entassent 2 millions de Gazaouis — le plus souvent dans des océans de tentes —, qui dépendent de l’aide humanitaire entrant au compte-goutte.
« Nous avons tout perdu »
N’ayant jamais pu revenir à…
Auteur: Gabrielle Nour Kacha, Léone Laali, Philippe Pernot
