Une jeunesse gangrenée par la fascisation du monde

À quel monde appartiennent les jeunes gens qui ont cassé aveuglément et pillé, samedi et dimanche dans la plupart de nos villes ? Ils appartiennent à un monde qui ne leur apprend que mépris du droit, loi du plus fort et apologie de la violence. Ils ont sous les yeux le massacre impuni des Gazaouis, les pogroms de Cisjordanie, la détresse des Ukrainiens, la mort ignorée des Soudanais, l’abandon des Iraniens et des femmes afghanes. Un monde dirigé par des assassins et de fieffés corrompus. Nos casseurs ne sont d’ailleurs pas les seuls à en tirer des conclusions détestables. Au même moment, au pays de Giorgia Meloni, les casseurs vandalisaient la place du Duomo de Milan. Comme quoi les experts en répression de notre extrême droite feraient bien d’être plus modestes.

Le pouvoir ne connaît que la violence policière et la débandade. À l’opposé d’une forme raisonnée de politique fondée sur la négociation avec les corps intermédiaires.

Sans doute, la plupart des jeunes qui ont violenté nos villes sont bien incapables de définir le moment politique qu’ils vivent. Mais ils baignent dans ce monde qui ressemble à un vaste pillage du faible par le fort. Et ils s’en sont pris naturellement à leurs presque semblables, petits commerçants, tenanciers de bistrot, et aux symboles d’une République qui, pensent-ils, leur est hostile. En pillant, ils se sont adonnés à un consumérisme sauvage. En quelques jours, les « casseurs » sont devenus des « pilleurs ». Pour autant, on ne saurait les excuser ni moralement ni politiquement. D’autant qu’à coup sûr ils font le jeu de ceux qui les haïssent, moins pour ce qu’ils font que pour ce qu’ils sont : des « salauds de pauvres », comme aurait dit Marcel Aymé.

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Car qui triomphe aujourd’hui ? Marine Le Pen assurément, dont les sbires hantent les plateaux de télévision pour porter une lecture asociale…

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Auteur: Denis Sieffert