Le centre de détention de Sde Teiman est en passe de devenir un symbole en Israël, disons une sorte de schibboleth : pour une partie des Israéliens, il représente le serment de fidélité du soldat à la nation, son louable dévouement à la guerre contre le « terrorisme » et, également, au combat politique contre une « gauche » antinationale qui s’évertuerait à salir l’image d’Israël ; pour d’autres Israéliens, il est le symbole de la réalité fasciste de l’État d’Israël.
Pour une certaine mémoire juive, Sde Teiman est davantage encore.
Depuis la fin du XIXe siècle jusqu’aux années 1950, et au-delà, il existe une mémoire juive largement partagée, parce qu’elle fut commune à tant de juifs vivant aussi bien en Europe de l’Est que dans le monde arabe, en Égypte, en Irak ou en Syrie : l’activisme politique des juifs, engagés d’une part dans des parti communistes qu’ils contribuèrent bien souvent à fonder, d’autre part dans les organisations sionistes, les uns et les autres, la plupart du temps, clandestins. Cet activisme les exposa à une répression politique féroce, dont, outre les livres d’histoire, sont tissées bien des mémoires familiales.
Aussitôt après la seconde guerre mondiale, il se trouve que la répression féroce de cet activisme politique, en Égypte, en Irak ou en Syrie, fut notamment orchestrée par d’anciens officiers nazis dont les compétences acquises durant le IIIe Reich, et l’idéologie, y trouvèrent abri. L’ethno-nationalisme et l’autoritarisme des régimes arabes consonaient avec la tradition fasciste européenne.
Dans une somme consacrée aux Juifs en pays arabes, l’historien Georges Bensussan évoque la répression qui, dans les années 1950, s’est abattue sur les Juifs d’Irak, d’Égypte et de Syrie, quelle que soit la réalité de leur engagement politique :
De 1948 à 1950, après avoir fermé les frontières, le gouvernement irakien procède à…
Auteur: dev

