L’autre jour – c’était le 1er décembre –, Tai-Luc est mort. Tai-Luc était le chanteur de La Souris déglinguée (also known as La Souris, also known as LSD). Ce « citoyen du monde » – puisque c’est ainsi qu’il se définissait – a emporté avec lui tout un pan d’une époque déjà lointaine dont il aura jusqu’au bout été l’archiviste et le barde. Une époque enfuie où Paris était quadrillé par « les punks et les rockers, les skinheads et les autres » – et par toute « une partie de la jeunesse » dont, chanson après chanson, Tai-Luc, parolier hors pair, chroniquait, en poète engagé, le quotidien fait de joies et de peines, d’ennuis et de révoltes, et les longues errances urbaines, dans l’attente d’un nouveau futur : « Rien n’a encore changé, on marche encore sous la pluie, on marche même toute la nuit, sans avoir rien trouvé – rien trouvé de mieux à faire que de foutre en l’air des poubelles. »
La vérité oblige à rappeler qu’il y a eu quelques angles morts dans la longue saga de La Souris, dont les chansons célébraient le métissage et la solidarité, mais dont l’histoire passe aussi par une certaine complaisance, dans les années 1980, et sous le sceau d’une valorisation de l’« amitié » comme dépassement des clivages politiques, pour l’incommodant folklore de certaines tribus urbaines – ou, plusieurs décennies plus tard, par le calamiteux concert du 31 juillet 2015 lors duquel le groupe avait, pour la plus grande consternation de beaucoup de ses fans, accepté de jouer après une formation d’extrême droite dans les arènes de Fréjus, ville tenue par le Front national.
Interpellé, Tai-Luc, pour justifier cette date de trop, avait de nouveau invoqué, dans un communiqué, des amitiés personnelles – et il avait demandé à…
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Auteur: Sébastien Fontenelle

